Positions Revue
≡
Editorial : l'état d'abondance
Positions   
12.10.2026
N.

Editorial : l'état d'abondance

L’impasse néolibérale dans laquelle nous sommes ne marque nullement la fin de l’Histoire, mais, au contraire, ouvre la possibilité de son redémarrage. Pour sortir de cette impasse, et pour refuser le chemin de la pénurie, nous opposons celui de l’abondance. Le communisme a dessiné l’horizon d’une humanité réconciliée, sans classe, genre, ni race, une humanité rendue concrète ; il nous appartient de réaliser ce projet. Ce numéro se propose de définir les contours d’une société où le luxe communiste devient possible.

L’état de pénurie qui est le nôtre est un symptôme de la crise avancée du capitalisme. Incapable de résoudre ses contradictions internes, ce dernier a cru, dans les années 1970, pouvoir retrouver des marges de profit grâce au néolibéralisme, engendrant ainsi la privatisation massive de l’économie, la marchandisation des services publics, et la destruction des conquis sociaux. Loin de trouver une sortie de crise, la phase néolibérale n’a fait que la prolonger jusqu’à l’état actuel : celui de la pénurie.

Pour la juguler et essayer de la résoudre, deux chemins semblent se dessiner, qui s’incarnent dans les programmes politiques pour l’élection présidentielle de 2027 : la voie racialo-pénurique et la voie égalitaire.

La première considère que dans une situation où les ressources se raréfient, l’accès à leur bénéfice doit être strictement encadré : selon l’origine nationale (nationaux vs étrangers), l’engagement productif (travailleurs vs chômeurs) et l’utilité (productifs vs improductifs). Cette vision du monde entérine la pénurie comme un état de fait duquel on ne peut sortir, ou, tout du moins, dans les conditions actuelles. Il faut les modifier, et pour cela : trier. Ce projet, profondément inégalitaire, est une matrice puissante de division de l’humanité et de gestion violente de ses contestations.

La seconde voie envisage une sortie de crise par une redéfinition du rôle de l’État, non plus considéré comme unique force coercitive assurant au capital sa rentabilité, mais comme une instance planificatrice et investisseuse. Cette fois-ci, il n’est plus question de trier et de diviser l’humanité selon sa légitimité à être présente sur le sol national, ou à accéder aux ressources selon sa place dans la production, mais d’envisager un nouveau partage des richesses sur un mode égalitaire – entendu alors que la pénurie n’est pas le produit d’un manque de richesses, mais d’une surconcentration de celles-ci.

Ces deux voies portent deux projets de société concurrentiels adéquats à la crise que traverse le capitalisme. Si nous rejetons le premier en tous points, le second nous paraît insuffisant – car il reste dans le cadre capitaliste et ses rapports de propriété – mais nécessaire en ce qu’il ouvre une opportunité de bifurcation qu’il faut, à la lueur de la crise économique, sociale, écologique et géopolitique dans laquelle nous sommes plongés, urgemment saisir.

L’objet de ce numéro est d’opposer à l’état de pénurie, orchestrant une pénurie d’État, l’état d’abondance ; et pour cela, de sortir du fatalisme dans lequel l’ensemble des médias et acteurs politiques souhaitent nous enfermer. L’histoire est le produit de l’activité humaine et rien ne saurait l’empêcher de réaliser demain ce qui lui semblait impossible hier.

Le communisme défend l’idée d’une société pourvoyant aux besoins de chacun, indépendamment de ses moyens. Ce sont les besoins des individus qui doivent déterminer la production et distinguer ce qui est utile et prioritaire, de ce qui est inutile et nuisible. Pour cela, il faut abolir la propriété lucrative et la valeur marchande pour construire une société reposant sur la valeur d’usage des biens.

À sa création, la Sécurité sociale rendait concret un projet de société reposant sur la valeur d’usage du soin, contre sa valeur marchande. Prendre en charge tout le monde, et notamment les plus démunis, marque une rupture avec la logique capitaliste de la rareté. Le soin étant un des premiers besoins fondamentaux de l’humanité, il constitue un domaine prioritaire de l’abondance à construire. Parce qu’il est impossible de vivre lorsque l’on est médicalement empêché ; que toute intégration sociale, professionnelle, amicale est rendue extrêmement compliquée, la santé doit être intégralement gratuite, et son coût, pris en charge par la société toute entière.

L’abondance pour tous n’est pas qu’une nécessité, c’est une possibilité concrète offrant une sortie de crise du capitalisme par un changement de mode de production et de paradigme des rapports sociaux. Que ce soit en matière de santé, d’éducation, de transport, d’énergie ou de logement, il est possible, nécessaire, et souhaitable de réaliser une politique et des choix différents.

Une impasse n’est pas la fin d’un chemin. C’est le début d’un nouveau. L’impasse néolibérale dans laquelle nous sommes ne marque nullement la fin de l’Histoire, mais, au contraire, ouvre la possibilité de son redémarrage. Hors du capitalisme. Hors de son univers mortifère où le froid calcul égoïste ronge tout. Pour sortir de cette impasse, et pour refuser le chemin de la pénurie, nous opposons celui de l’abondance. Le communisme a dessiné l’horizon d’une humanité réconciliée, sans classe, genre, ni race, une humanité rendue concrète ; il nous appartient de réaliser ce projet. Ce numéro se propose de définir les contours d’une société où le luxe communiste devient possible.

Articles relatifs
◐