L’impérialisme, une question de surprofits ?
Avant toute chose, il importe de poser une définition opératoire de l’impérialisme afin d’évaluer l’action de Pékin et d’éviter deux écueils récurrents sur la question.
Le premier consiste à le réduire au bellicisme, à ces situations où un État utilise la force militaire pour imposer sa volonté sur un autre : on en vient ici à ne voir l’impérialisme nulle part et à passer sous silence les configurations de domination en temps de paix.
Le deuxième assimile l’impérialisme à toute forme de rayonnement d’un État sur la scène internationale, avec l’idée que la participation active aux échanges marchands serait nécessairement synonyme de prédation. On en vient ici à voir l’impérialisme partout, et ce sans jamais avoir démontré que cette puissance est mobilisée de façon à entretenir des relations d’exploitation avec les autres pays.
L’impérialisme moderne est avant tout un rapport de domination. Il est le système d’exploitation économique et politique par lequel un petit noyau de pays — le centre impérialiste — parvient à imposer sa domination sur le reste de la planète — la périphérie impérialiste.
Dans « L’Impérialisme, stade suprême du capitalisme », Lénine voyait dans l’exportation du capital financier des pays du centre le principal mécanisme de la mise en dépendance de la périphérie, dépendance financière qui entraînait fatalement la subordination politique1. Il en résulte une division mondiale du travail où la périphérie est réduite au rôle de pourvoyeuse de matières premières, de main-d’œuvre bon marché et de débouchés pour les produits industriels des pays du centre.
Ce critère semble en apparence bien correspondre à la Chine, elle qui affiche depuis une trentaine d’années une position extérieure positive : le stock de capitaux qu’elle détient à l’étranger est nettement supérieur au stock de capitaux détenus par l’étranger en Chine. Fin 2025, la Chine détenait 11 786 milliards de dollars d’actifs étrangers alors que son passif ne s’élevait qu’à 7 714 milliards de dollars, soit une position nette de près de 4 100 milliards2. Il n’en faut pas beaucoup plus à certains courants pour la repeindre en agent impérialiste3.
Ce serait là une interprétation dogmatique de la théorie léniniste. Elle réduirait le système mondial impérialiste à un déséquilibre comptable là où l’enjeu central est l’extorsion de « surprofits » par le centre dans l’exportation de capitaux4. À son époque, Lénine parvenait à prouver que l’un allait avec l’autre. Un siècle après, nous ne pouvons pas simplement présupposer cette relation, nous devons la démontrer. Examinons donc si la Chine prélève effectivement un profit supérieur à celui obtenu dans les conditions ordinaires du commerce international — soit entre deux pays de niveau de développement comparable.
Figure 1 : Rendement des investissements internationaux (2000-2024)5

Le rendement des investissements chinois à l’étranger, autour de 3 %, est légèrement plus élevé que la moyenne mondiale ; le rendement américain lui est nettement supérieur. Cela s’explique principalement par le contenu des actifs chinois. Une part importante est constituée d’actifs de réserve, notamment de devises étrangères, qui offrent de faibles rendements mais comportent relativement peu de risque du point de vue financier6.
À l’inverse, les capitaux étrangers en Chine génèrent un rendement proche de 6 %. Ce taux est plus de deux fois supérieur au taux versé par les États-Unis à leurs financeurs. Ces chiffres montrent la prépondérance des investissements directs à l’étranger (IDE) provenant des multinationales du Nord et qui exploitent la main-d’œuvre chinoise. Les USA profitent eux de la suprématie du dollar pour recevoir les actifs de réserve à faible taux du monde entier.
Au global, la Chine est débitrice nette au niveau des revenus issus des investissements étrangers : en 2023, elle avait affiché une perte de 141 milliards de dollars contre un gain de 53 milliards pour les États-Unis. Ces montants ne représentent que 0,7 % et 0,2 % des PIB chinois et américains. Les transferts issus de placements financiers sont devenus une partie minime de la domination impérialiste. L’exploitation s’est déportée un peu plus en aval de l’export de capital et revêt désormais une forme plus discrète : elle est à trouver dans la manière dont les économies de la périphérie ont été organisées en fonction des besoins du centre.
Il faut donc rechercher l’exploitation du côté de l’échange des marchandises, moment de l’accumulation capitaliste où se révèle le transfert de la valeur créée à la périphérie par le centre7. Ce mécanisme connu sous le nom « d’échange inégal », désigne le processus par lequel les marchandises produites dans les pays à bas salaires sont échangées à des prix qui ne reflètent pas la quantité de travail qu’elles incorporent.
À productivité et qualification comparables, le fonctionnement impérialiste du commerce mondial permet aux pays à hauts salaires — les États du Nord — d’importer un volume de travail incorporé bien plus important que celui qu’ils exportent vers les pays à bas salaires — le Sud Global. Cela signifie qu’un même produit exporté du Sud vers le Nord sera vendu à moindre prix que le même produit exporté du Nord vers le Sud. En 2018, un pays comme la France a ainsi pu engendrer un gain de 129 milliards d’euros sur ses importations venant des pays à bas salaires, ce qui correspond à un rabais de 40 % par rapport à ce qu’aurait coûté la production de ces mêmes produits sur le territoire national8.
Le différentiel tient essentiellement aux écarts de salaires, qui, à secteur d’activité et qualification égales, sont environ 90 % plus faibles dans les pays du Sud9. Il provient du contrôle exercé sur ces économies par les multinationales — pour la majorité occidentales. La mobilité du capital et la menace de délocalisation limitent fortement l’indexation des salaires sur la productivité. Comme la production de ces pays est tournée vers la demande étrangère et non intérieure, les entreprises du centre impérialiste et leurs sous-traitants locaux ont tout intérêt à convertir leurs gains de productivité en marge plutôt qu’en salaires.
L’intégration stratégique de la Chine dans l’économie mondiale
La Chine n’a pas la tradition impérialiste des puissances occidentales dont elle a été le terrain de chasse privilégié. Sa trajectoire est celle d’une périphérie intégrée de force dans le système-monde capitaliste, et qui a placé au cœur de sa stratégie de développement la sortie du rapport impérialiste.
Les traités inégaux, signés au bout du fusil à partir de 1842, organisaient la domination commerciale sur la Chine. Il s’agissait de forcer l’ouverture du marché chinois aux exportations occidentales et de constituer des monopoles sous leur contrôle. La proclamation de la République populaire de Chine (RPC10) en 1949 marque la rupture avec cette dépendance, le nouveau pouvoir engageant le pays dans un développement autocentré et à l’écart des capitaux étrangers11.
La réouverture au commerce mondial en 1978 par Deng Xiaoping relevait du choix conscient de réintégrer le système impérialiste dans une position subordonnée12. La Chine a alors accepté de devenir « l’usine du monde » en accueillant les activités d’assemblage fraîchement délocalisées par des multinationales ravies de profiter d’une main-d’œuvre bon marché. Cette orientation s’est fondée sur l’idée que, même dans une situation d’extorsion par le centre, l’État pouvait encadrer les investissements occidentaux pour développer les forces productives du pays. Il a conditionné l’accès des firmes occidentales à son marché au partage de technologies avec les entreprises locales et financé par l’impôt la construction des infrastructures nécessaires à la montée en gamme de la production.
Les résultats de la planification chinoise ont été spectaculaires : des centaines de millions de personnes sont sorties de la pauvreté et ce sont désormais les appareils conçus et assemblés dans les ateliers de Huawei et Xiaomi qui se frayent un chemin vers les marchés du centre impérialiste13.
C’est ici que les tenants de la thèse de l’impérialisme chinois entrent en scène. Ces derniers voient dans la remontée progressive des chaînes de valeur le passage d’une position d’exploité à celle d’exploiteur. La Chine des années 2010 et 2020 serait-elle devenue une puissance du centre semblable aux pays occidentaux ?
À partir des données disponibles sur les échanges commerciaux, il est possible de mesurer la quantité de travail incorporée dans les biens échangés et de décrire les déséquilibres entre les régions du monde. Cette analyse montre que la Chine n’a pas rejoint le centre, mais qu’elle est devenue une puissance de la semi-périphérie14. Cela signifie qu’elle bénéficie de termes de l’échange favorables avec certaines régions du Sud tout en continuant de subir une importante extraction de travail par les pays du noyau impérialiste.
Figure 2 : Termes de l’échange de travail (1991-2023)

En 2023, une unité de travail chinoise s’échangeait pour 4 unités de travail provenant d’Afrique subsaharienne mais pour seulement 0,3 unité de travail issue des pays à haut revenu (voir Figure 2).
Pékin a donc effectivement acquis une position d’ascendance sur une partie du Sud Global. Il faut toutefois préciser que l’intensité de l’exploitation exprimée dans ces relations commerciales reste minime par rapport à celle exercée sur ces mêmes régions par les États-Unis.
Figure 3 : Termes de l’échange de la Chine et des États Unis, région par région (2000-2021)

On s’aperçoit de la capacité supérieure des USA à capter les forces productives du Sud : là où l’Asie du Sud doit transférer 4 unités de travail pour obtenir une unité chinoise, elle doit, pour recevoir une unité américaine, en débourser 21 (voir Figure 3) !
Quand on additionne ses rapports avec toutes les régions, la Chine est encore contributrice nette de travail vis-à-vis du reste du monde. Les gains qu’elle tire de ses échanges avec le Sud Global sont largement compensés par les pertes qu’elle enregistre au profit des pays du centre.
Figure 4 : Transfert net de travail

Les termes de l’échange se sont cependant nettement améliorés. En 2000, le prélèvement net en travail représentait l’équivalent du travail annuel fourni par 77 millions de travailleurs chinois. En 2023, ce nombre est tombé à 31 millions. À l’inverse, ces mêmes rapports ont permis aux États-Unis et aux pays de l’UE de renforcer leurs économies respectives d’un apport net de travail équivalent à celui réalisé par respectivement 44 et 60 millions de leurs travailleurs (voir Figure 4).
La progression de la Chine dans la hiérarchie des échanges commerciaux montre qu’elle a durablement changé de statut pour rejoindre la semi-périphérie. D’un côté, elle ne compte plus dans les rangs de ce que Lénine qualifiait de « semi-colonies », ces pays nominalement indépendants, mais dans les faits plongés dans une dépendance financière absolue vis-à-vis du centre. De l’autre, la distance qui continue de la séparer des puissances capitalistes dominantes la maintient à l’écart du club très fermé des pays du centre.
Du point de vue de certaines régions du Sud, la Chine se trouve en revanche dans une position similaire à celle des pays du centre dans la mesure où tous deux enregistrent avec elles des échanges déséquilibrés. Seule l’intensité de cette exploitation change : modérée pour la première et très forte pour les seconds.
Il n’y a pas lieu de nier que la Chine tire bel et bien profit de la position subordonnée de certaines régions périphériques dans la division internationale du travail, le fait qu’elle soit elle-même exploitée par le centre ne fait pas disparaître cette relation.
Cela ne doit nous être d’aucune surprise. Ces déséquilibres sont le résultat du fonctionnement normal d’un commerce qui se joue selon les règles du capitalisme mondial décrites plus haut. Les pays dont les conditions économiques permettent l’augmentation des salaires et la production de produits à haute valeur ajoutée finissent immanquablement par profiter de termes d’échange favorables avec ceux maintenus dans le sous-développement. La perversité de l’ordre impérialiste est justement de faire en sorte que l’un entraîne forcément l’autre. Tous les pays au-dessus du revenu moyen mondial tirent profit de l’échange inégal, et donc de l’impérialisme. La Chine, qui se trouve entre ces deux mondes, n’y fait pas exception.
La Chine et le Sud global : l’hypocrisie de l’accusation de piège à la dette
Qualifier un pays d’impérialiste sur la base de sa position dans l’échange inégal est tout à fait possible, mais peu fécond sur le plan de l’analyse : cela ne ferait que décrire l’état du monde sans en éclairer les causes. Le fait est que l’échange n’est que le dernier moment de l’impérialisme, celui qui conclut toute une trajectoire qui commence par la spécialisation forcée des économies de la périphérie qui précède et permet cet échange. C’est ce processus qui intéresse au premier chef les théoriciens de l’échange inégal, bien plus que le simple calcul final des termes de l’échange.
Quelle est la source de cette spécialisation ? Elle provient d’un système financier qui organise les économies de la périphérie en fonction des besoins du centre et pénalise toute stratégie de développement autonome. Ce système est régenté par les institutions que sont le FMI et la Banque mondiale, des structures principalement abondées et gouvernées par les pays occidentaux.
Leur modus operandi est bien documenté : offrir les capitaux indispensables au démarrage économique des pays à revenu faible et intermédiaire en les conditionnant à des réformes néolibérales. Ce package inclut des privatisations massives et l’ouverture des marchés aux entreprises du Nord. Dans cette architecture mondiale, tous les pays « gagnants » de l’échange inégal ne sont pas impliqués de façon équivalente, certains participent activement à ces institutions tandis que d’autres en engrangent passivement les gains ou mettent sur pied des alternatives.
Figure 5 : Dette publique extérieure dans les pays à revenu faible et intermédiaire par type de créancier15

La Chine se trouve dans cette dernière catégorie. Depuis la fin des années 2000, elle est devenue un acteur majeur du financement souverain des pays du Sud. Elle propose ainsi une offre distincte des marchés financiers privés, des acteurs multilatéraux et des pays du Nord (voir Figure 5). Celle-ci reste relativement faible en volume : elle ne représentait en 2024 qu’environ 5 % des dettes extérieures des pays à faible et moyen revenu. Elle suffit néanmoins à fragiliser la position du FMI comme prêteur international en dernier ressort, monopole qui lui permet d’imposer ses « plans d’ajustement structurel » aux pays en difficulté financière.
Cela n’empêche pas les détracteurs de Pékin de multiplier les réquisitoires selon lesquels la République populaire ferait usage de ces financements pour prendre le contrôle économique de nations apeurées et impuissantes. L’idée qu’elle organiserait à leur encontre un système de « piège à la dette » est la plus récurrente des accusations.
La manœuvre est assez simple : Pékin chercherait à accorder un montant disproportionné de prêts à des pays vulnérables en anticipant leur incapacité à les rembourser. Elle les obligerait ensuite à purger leur insolvabilité par la cession d’infrastructures stratégiques — ports, lignes de chemin de fer, etc.
L’exemple le plus souvent cité est celui de la construction du port de Hambantota au Sri Lanka16. Après avoir essuyé le refus des investisseurs internationaux, le gouvernement sri-lankais se tourna vers la Chine qui accepta de soutenir ce projet. Problème : le port, inauguré en 2010, handicapé par une mauvaise gestion, s’est avéré déficitaire. En 2017, accablé par les dettes, le président Maithripala Sirisena concédait 70 % des parts de la société en charge de la gestion du port à une compagnie chinoise pour une durée de 99 ans en échange de 1,12 milliard de dollars.
Le récit de cette séquence comme une vassalisation financière du Sri Lanka par Pékin, repris aussi bien par les ambassades que les médias occidentaux, est trompeur. Les principaux coupables sont plutôt à chercher du côté de la partie accusatrice. Au moment de la cession du port, les prêts chinois ne représentaient que 10 % de la dette extérieure sri-lankaise. Les emprunts liés au financement du port étaient assortis d’un taux d’intérêt relativement modéré, autour de 3,3 %.
Le Sri Lanka a en réalité fait les frais du fonctionnement ordinaire du système de crédit international, structuré par le FMI, la Banque mondiale et les marchés financiers. Il est révélateur que les 1,12 milliards obtenus de la concession aient servi à rembourser les obligations contractées auprès des marchés financiers. Ces créances aux mains des fonds de pension, gestionnaires d’actifs et spéculateurs en tout genre représentaient 40 % de cette dette en 2017, avec des taux d’intérêt autour de 7 %. Ces dettes sont particulièrement perverses dans la mesure où, arrivées à expiration, elles doivent être remboursées en intégralité, et ce sans échelonnement. Elles obligent le pays à se refinancer toujours plus rapidement sur les marchés, ce qui conduit à faire exploser son taux d’endettement. Entre 2007 et 2017, le poids de la dette extérieure dans le PIB sri-lankais était ainsi passé de 11 % à 22,5 %17.
Figure 6 : Composition de la dette extérieure du Sri Lanka en 201718

Contrairement aux institutions financières internationales qui conditionnent leurs financements à la réalisation de réformes dites « structurelles », les emprunts chinois offrent l’avantage d’une ingérence plus limitée dans la politique des pays débiteurs. L’exigence centrale étant le remboursement19. À titre de comparaison, le plan de « sauvetage » du FMI après le défaut du Sri Lanka en 2022 a imposé une forte austérité budgétaire, la coupe des subventions aux énergies, des retraites, la restructuration d’entreprises publiques et l’indépendance de la banque centrale20. L’objectif de l’intervention du FMI est ultimement de préserver les créanciers privés, dont nous avons vu le caractère vorace. L’accord de restructuration de la dette prévoit ainsi une hausse progressive des taux d’intérêt de leurs obligations jusqu’à 9,75 % en 203321!
Que le port de Hambantota ait été porté de manière bancale par le gouvernement sri-lankais est une chose. Il serait toutefois excessif de tenir les autorités chinoises responsables de l’échec des autorités de Colombo à mener à bien le projet qu’elles ont elles-mêmes conçu et qu’elles n’ont jamais cessé de piloter. Du reste, le succès retentissant du port après sa reprise en main de 2017 montre que l’accord de concession n’a pas été préjudiciable au Sri Lanka22.
Le rapport de domination créé par la mondialisation capitaliste n’est pas suffisant à lui seul pour enfermer le tiers-monde dans une position de valet. La clé se trouve dans la nature de classe de leur régime politique. Les succès de la RPC ou du Vietnam prouvent qu’il est possible de s’intégrer à l’économie mondiale d’une façon qui ne condamne ni à la soumission vis-à-vis du centre impérialiste ni au sous-développement.
Dans les pays de la périphérie impérialiste, le pouvoir économique est le plus souvent tenu par la fraction de la bourgeoisie qui tire sa richesse de sa position d’intermédiaire entre l’économie locale et les firmes multinationales : la bourgeoisie compradore. Comme son pouvoir dépend du capital étranger, elle agit comme son agent et freine des quatre fers tout développement d’une industrie autonome23. On observe de cette façon la dépendance de l’économie sri-lankaise aux importations du centre, avec, en guise de secteurs productifs, le thé, le textile et le tourisme24.
La transformation des économies du Sud sous pression impérialiste est possible. Elle pose comme préalable la mise au pas de la bourgeoisie compradore, une forme de planification étatique et un contrôle strict des capitaux étrangers.
Quelle est donc la responsabilité finale à imputer à Pékin dans les mésaventures des pays dont il finance les projets ? Celle qu’endosse nécessairement un participant qui accepte de jouer le jeu « normal » de l’économie de marché. La rente prélevée par la Chine est certes nettement plus faible que la rente occidentale, mais elle ne doit pas faire oublier le maintien du rapport mercantile. Les banques chinoises prêtent et s’attendent à être remboursées, simplement s’abstiennent-elles d’utiliser leur position dominante pour prélever des surprofits25.
Le modèle chinois n’est pas celui de l’internationalisme tel qu’il pouvait exister à l’époque de l’Union soviétique, lorsque celle-ci acceptait de racheter à perte les exportations cubaines de canne à sucre pour financer le développement de l’île face à l’embargo états-unien26.
La gauche dite « non-campiste » en déduit que la Chine est devenue l’agent parmi d’autres d’un système impérialiste uni dans son entreprise de prédation de la périphérie27. Si tel était le cas, ne devrait-on pas observer une indifférence des pays du tiers-monde face aux offres de financement de la RPC et celles du type FMI, avec le taux d’intérêt comme juge de paix ? Or, notamment en Afrique, les premières sont préférées aux secondes alors même que leurs taux d’intérêt sont parfois plus élevés. On ne peut expliquer ce choix autrement que par une perception, par les pays de la périphérie, d’une différence de nature entre ces deux lignes de crédit, qui réside dans la conditionnalité politique des prêts occidentaux. Il y a donc une sorte de « prime de risque impérialiste » qui peut mener ces pays à privilégier les banques chinoises, quand bien même leur offre serait plus onéreuse sur le plan financier28.
Les contradictions de la finance de développement chinoise
Dans le domaine du crédit public chinois, nous trouvons donc à la fois des traits marchands et une ingérence politique limitée. Voilà la contradiction qui met en tension le modèle chinois et le distingue des puissances impérialistes pour lesquelles rentabilité financière et conditionnalité politique vont de pair.
Quelle est la source de cette contradiction ? Elle provient de la fragmentation de l’appareil d’État entre un secteur financier et un secteur politico-diplomatique davantage sensible à des objectifs internationalistes. Dans le système politique chinois qui repose sur le consensus, les dirigeants du Parti — jusqu’à Xi Jinping lui-même — peuvent rarement imposer leurs arbitrages à des administrations qui décident de jouer leur propre partition29.
Les banques de développement chinoises sont certes publiques, mais elles suivent surtout une logique commerciale : elles doivent s’autofinancer sans pouvoir compter sur les subventions gouvernementales et sont donc tenues de réaliser un profit sur leurs investissements. En fonction du type de prêt, cette structure produit des effets différents.
Les prêts concessionnels (à taux faible ou nul) peuvent facilement être annulés ou allégés car ils sont financés par le budget public, la banque servant d’intermédiaire. C’est ce qui a permis au gouvernement chinois, en 2015, de convertir 400 millions de dollars accordés en prêts au Pakistan pour la construction d’une zone logistique à Gwadar en dons et prêts sans intérêt. Ils sont aussi promus par les institutions diplomatiques, comme le ministère des Affaires étrangères qui y voit un moyen d’améliorer l’image de la RPC auprès du Sud30.
La situation est différente pour les prêts commerciaux, accordés à des taux de marché plus élevés. Comme les cadres dirigeants des banques craignent de porter la responsabilité de l’échec d’un investissement devant le pouvoir politique, ils se montrent réticents à l’effacement des dettes, préférant à la place leur rééchelonnement. La marge de manœuvre du gouvernement est ici plus limitée et indirecte. Elle consiste à intercéder auprès des banques pour obtenir des suspensions temporaires de longue durée sur les remboursements, là où les créanciers privés et occidentaux sont prompts à exiger immédiatement le remboursement ou la restructuration. Le recours à ces périodes de grâce a notamment permis de limiter l’ampleur de la crise financière au Venezuela après son défaut de 2017. Pour comparaison, les détenteurs occidentaux des obligations avaient eux réagi à cette crise en saisissant les actifs du pays à l’étranger pour les vendre aux enchères31.
Tant que cette contradiction ne sera pas résolue par un arbitrage politique décisif, la RPC restera incapable de créer un système alternatif complet et cohérent au FMI, et continuera à servir de roue de secours non-impérialiste à un véhicule impérialiste. L’offre chinoise de crédit n’est tout simplement ni assez importante en volume ni assez généreuse pour éviter que ses partenaires aient à passer par la case FMI ou marchés financiers. Il n’y a pas lieu de désespérer sur la possibilité d’un changement. Le revirement de Xi Jinping sur la question de la spéculation immobilière, avec le refus de renflouer les groupes immobiliers en faillite, montre que le pouvoir chinois peut briser le statu quo institutionnel au détriment du capital32.
Mer de Chine et Taiwan : impérialisme ou contentieux régionaux ?
Le dernier grand procès intenté à la RPC quant à son impérialisme est celui du militarisme. Pour ses zélateurs, les activités des forces armées chinoises correspondent à la dernière étape de l’impérialisme tel que décrit par Lénine, celle où les monopoles auraient établi leur mainmise sur tous les territoires de la planète, et où leur seule possibilité restante d’expansion serait la guerre pour le repartage du monde33.
Il est vrai qu’aux yeux du droit international, la Chine a tout du prédateur régional qui brutalise ses petits voisins. La Zone économique exclusive (ZEE) qu’elle revendique apparaît gargantuesque par rapport au cadre prévu par la Convention de l’ONU sur le droit de la mer, qui fixe la limite de la ZEE à 370 km des côtes habitées34. Les revendications de Pékin ont même été désavouées en 2016 par un arbitrage de la Cour de La Haye au profit des Philippines35. La Chine y est dénoncée pour avoir eu recours au remblaiement afin de créer des îles artificielles, à l’éloignement de navires de pêche étrangers ou à la construction d’installations militaires dans les zones contestées36.
Nuançons la chose : ces procédés sont également pratiqués par les pays voisins. De même, les disputes autour de l’appartenance de ces îles ne se résument pas à une opposition entre Pékin et sa région. Prenons l’exemple des îles Spratly qui sont revendiquées simultanément par le Vietnam — qui en contrôle la majorité —, la RPC, les Philippines, Taïwan et la Malaisie.
Figure 7 : Les revendications territoriales en Mer de Chine méridionale37

À l’échelle régionale, ces actions peuvent sembler relever de l’impérialisme, mais est-ce seulement la bonne échelle d’analyse ? Ce serait négliger la présence d’un autre acteur, absent des cartes locales mais central dans l’exacerbation de ces tensions.
Car s’il y a bien une puissance hégémonique en Mer de Chine, ce sont les États-Unis, qui sont engagés depuis le début des années 2010 dans une stratégie agressive d’encerclement de la Chine. Dans sa politique dite de l’Indo-Pacifique, le Pentagone multiplie les accords militaires et les exportations d’armements aux pays de la région pour construire un bloc stratégique contre Pékin. Les USA organisent régulièrement des manœuvres militaires en Mer de Chine et installent de manière de plus en plus ostensible des systèmes de missiles offensifs — dont les fameux Tomahawk connus pour leur longue portée — chez leurs alliés38.
La stratégie de polarisation poursuivie par les États-Unis entre la Chine et son voisinage n’est pas aussi efficace que ce que les récits médiatiques pourraient laisser penser. Si certains pays s’engagent effectivement dans une forme de militarisation, celle-ci reste très limitée. En attestent les faibles dépenses militaires dans la région, qui dépassent rarement les 2 % du PIB. Les parts de la Chine et des Philippines n’ont atteint que 1,6 % et 1,3 % en 2025, des niveaux très faibles pour des pays présentés comme étant à couteaux tirés (voir Figure 8).
Figure 8 : Les dépenses militaires en mer de Chine méridionale (exprimées en % de PIB)39

Cela suggère que les pays de la région s’efforcent de ne pas résoudre leurs conflits territoriaux par la surenchère militaire voulue par la Maison Blanche, et s’emploient à conserver des relations cordiales et à développer les partenariats économiques40. On ne voit pas ici de phénomène analogue à celui en cours en Russie, autre force contre-hégémonique, qui a elle choisi de répondre à l’impérialisme états-unien par le déploiement d’un impérialisme d’agression de ses voisins41.
Dans l’ensemble, les pays d’Asie sont réticents à l’idée de choisir un camp entre les USA et la RPC et s’opposent à toute manœuvre susceptible d’intensifier les tensions entre ces deux pôles42.
L’exemple le plus révélateur est celui de Taiwan, qui est souvent présenté dans nos contrées comme la preuve décisive des ambitions impérialistes chinoises. La position des pays de la région à ce sujet tend pourtant à confirmer qu’il s’agit d’un cas très spécifique dans la politique de Pékin, que l’on ne pourrait aucunement considérer comme révélateur d’une stratégie générale d’ingérence.
La Chine considère en effet Taiwan comme partie intégrante de son territoire, séparée temporairement du continent par la guerre civile de 1945-1949 qui a abouti au retrait des forces nationalistes sur l’île. L’impossibilité d’une réunification est considérée comme le fruit de l’intervention états-unienne qui a apporté un soutien militaire indispensable à Taipei.
Depuis les années 1970, une entente tacite s’est installée : la Chine continentale tolère l’autonomie de fait des autorités taïwanaises, en échange de quoi celles-ci renoncent à déclarer officiellement leur indépendance.
Cette lecture est celle qui domine dans les pays de la région qui s’opposent à toute déviation du statu quo. Or ces déviations viennent plutôt de Washington : lorsque Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, se rend à Taipei en 2022, l’ASEAN — l’organisation régionale des pays d’Asie du Sud-Est — dénonce la manœuvre et réaffirme son adhésion au principe d’une seule Chine43.
Tout cela nous amène à ne pas traiter la revendication de la Chine sur Taiwan comme relevant d’un enjeu qui ferait système dans la politique extérieure chinoise. Ce conflit s’inscrit dans une configuration particulière et ambiguë : d’un côté l’opposition à une structure étatique héritée d’une ingérence impérialiste et, de l’autre, la formation progressive d’une identité taïwanaise distincte — apparue véritablement à la fin des années 1990 — qui pose la question de l’autodétermination.
La dimension militariste de l’impérialisme chinois apparaît donc sans commune mesure avec celle des impérialismes historiques. Elle peut être résumée à un conflit sans état de guerre avec une région sécessionniste et quelques accrochages entre garde-côtes et navires de pêche.
Si tant est que la qualification d’impérialiste soit justifiée pour la Chine, est-il pertinent de placer son bilan et celui des États-Unis sur le même plan ? Existe-t-il véritablement une logique comparable entre les accrochages diplomatiques de Pékin et les guerres déclenchées par Washington, qui rien qu’au Moyen-Orient, ont causé des millions de morts ? Ou au regard des coups d’État incessants perpétrés depuis le Pentagone pour se débarrasser du moindre gouvernement hostile à ses intérêts ? Ou encore aux sanctions qui affament les peuples pour obtenir la reddition de leurs dirigeants ?
Il n’y a pas d’équivalent chinois à ce que subissent le Venezuela, Cuba ou l’Iran. L’argument selon lequel les moyens économiques ou militaires manqueraient à Pékin pour mener de telles opérations est lui de moins en moins crédible à mesure que l’armée chinoise rattrape son homologue états-unienne. En parité de pouvoir d’achat (PPA), les dépenses militaires chinoises atteignaient 60 % du budget militaire états-unien en 202144. Elles le dépasseraient nettement si le gouvernement chinois ne faisait pas le choix de limiter le financement de son complexe militaro-industriel à 1,5 % du PIB là où les États-Unis ont alloué 3,4 % de leur richesse nationale à l’armée en 2026.
Conclusion
L’approche dogmatique du phénomène impérialiste conduit à établir une équivalence entre les États-Unis et la Chine sur la base de quelques critères figés : l’existence d’une économie de marché développée, exportant ses capitaux vers le reste du monde par l’interface de monopoles ou d’oligopoles. Une telle lecture se prive de tout apport dialectique et transforme le marxisme en taxonomie abstraite, un simple jeu d’étiquettes45.
La tâche de l’analyse marxiste est au contraire d’identifier, dans une situation historique donnée, les oppositions d’intérêts et les contradictions systémiques qui, fragilisant l’édifice impérialiste, sont susceptibles de former les prémisses d’une rupture révolutionnaire46. Toute application de cette grille de lecture aux circonstances actuelles doit passer par un constat : la lutte qui s’intensifie entre les États-Unis et la Chine met en jeu la suprématie des institutions internationales dominées par le centre impérialiste.
Il est vrai que des rapports d’exploitation subsistent dans le mode de coopération chinois, mais ils constituent une contradiction secondaire face à la contradiction principale qu’est la domination occidentale, qui structure au premier chef les rapports centre-périphérie. En desserrant cette emprise, la Chine élargit la marge de manœuvre des pays périphériques pour adopter un mode de développement plus autonome. Son action dans le monde forme la prémisse imparfaite et encore contradictoire d’un front anti-impérialiste à consolider.
Le mouvement anti-impérialiste n’a pas à attendre que les contradictions du système chinois trouvent d’elles-mêmes une résolution progressiste. Il a en revanche tout intérêt à reconnaître en Pékin un contrepoids majeur face aux ingérences que l’hégémonie washingtonienne et ses relais opposent aux projets d’émancipation de la périphérie. Pour cette raison, la Chine ne mérite rien de moins qu’un soutien critique.
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Lénine, V. I. (2017). L’impérialisme, stade suprême du capitalisme. République des Lettres. ↩
-
70 % des IDE chinois sont exportés vers Hong Kong, qui est considéré dans la nomenclature statistique comme une entité séparée malgré la souveraineté de la Chine sur ce territoire. ↩
-
Turner, N. B. (2014). Is China an Imperialist Country? Red Path, 9. ↩
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C’est une objection que j’emprunte ici à l’économiste chinois Minqi Li dans son article : « China : Imperialism or Semi-Periphery? », Monthly Review, vol. 73, n° 3, juillet-août 2021. ↩
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Les données sont issues de la base Balance of Payments du FMI, https://data.imf.org/en/datasets/IMF.STA:BOP ↩
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Les actifs étrangers sont considérés dans leur totalité en raison de l’absence de données précises sur les rendements des IDE chinois, qui n’ont été publiées par les autorités que pour l’année 2025. Elles donnent à voir un taux de rendement de 5,8 % là où celui-ci s’élève à 9,3 % pour les États-Unis. Les données sont issues de la base Balance of Payments du FMI, https://data.imf.org/en/datasets/IMF.STA:BOP ↩
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Amin, S. (1973), Le développement inégal, Paris, Minuit. ↩
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Le Masne, P. (2025). L’échange inégal entre les nations. Économie appliquée, 2(6), 37-68. ↩
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Hickel, J., Hanbury Lemos, M., & Barbour, F. (2024). Unequal exchange of labour in the world economy. Nature communications, 15(1), 6298. ↩
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Par opposition aux autorités de Taiwan, qui ont conservé l’appellation de République de Chine. ↩
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À l’exception de l’aide soviétique avant la rupture sino-soviétique de 1962, pour les pays occidentaux, il faudra attendre les années 1970 et la politique de normalisation des relations entreprise par Mao. ↩
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Weber, I. M. (2021). How China escaped shock therapy: The market reform debate. Routledge. ↩
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Macheda, F., & Nadalini, R. (2021). Samir Amin in Beijing : delving into China’s delinking policy. Review of African Political Economy, 48 (167), 119-141. ↩
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Je reprends et actualise avec des données récentes les opérations réalisées par Minqi Li dans « China : Imperialism or Semi-Periphery ? », Monthly Review, vol. 73, n° 3, juillet-août 2021, https://monthlyreview.org/articles/china-imperialism-or-semi-periphery/. Cet article a fait l’objet d’une traduction en français dans l’ouvrage collectif La Chine est-elle impérialiste ? dirigé par Rémy Herrera. ↩
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Vasic-Lalovic, I., & Jaimes Santamaria, P. (2026, 15 avril). The cost of debt in a time of overlapping crises. Center for Economic and Policy Research. https://cepr.net/publications/the-cost-of-debt-in-a-time-of-overlapping-crises/ ↩
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Marie-Courtois, T. (2022, 5 août). Le Sri Lanka pris au piège des investissements chinois. Les Échos. https://www.lesechos.fr/monde/asie-pacifique/le-sri-lanka-pris-au-piege-des-investissements-chinois-1780506 ↩
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Gangte, L. (2020). The debt-trap diplomacy revisited: A case study on Sri Lanka’s Hambantota port. Artha Journal of Social Sciences, 19(2), 53-66. ↩
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Central Bank of Sri Lanka. (2017). Debt management report 2017. PublicFinance.lk. https://publicfinance.lk/en/report/debtmanagementreport-2017-cbsl ↩
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La seule condition politique substantielle de ces prêts est la reconnaissance de la souveraineté de la République populaire de Chine sur l’île de Taiwan. Puisque seuls 11 États adoptent une position différente, le coût est donc nul pour la plupart des pays. ↩
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Vigato, A. (2025, 5 novembre). Sri Lanka : Après la tempête, un redressement économique encourageant (MacroDev, n° 68). Agence française de développement. https://www.afd.fr/fr/ressources/sri-lanka-apres-la-tempete-un-redressement-economique-encourageant ↩
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Ghosh, J. (2024, 23 juillet). Sri Lanka’s debt restructuring: A win for private bondholders. IDEAs. private-bondholders/ ↩
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Seneviratne, K. (2024, 3 mai). Chinese debt trap? Sri Lanka’s Hambantota Port set to debunk narrative with its success. South China Morning Post. https://www.scmp.com/week-asia/economics/article/3261398/chinese-debt-trap-sri-lankas-hambantota-port-set-debunk-narrative-its-success ↩
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Le pays ne dispose pas d’une banque de développement publique pour mener des projets productifs de long terme, les banques existantes ayant toutes été privatisées dans les années 1990 sous l’impulsion là encore du FMI. ↩
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Illanperuma, S. (2024, 11 mai). The deep roots of Sri Lanka’s economic crisis. Himal Southasian. https://www.himalmag.com/imf-neoliberalism-aragalaya-colonialism-deep-roots-of-srilanka-economic-crisis/ ↩
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Pour une explication plus exhaustive des conditions liées aux prêts proposés par la Chine, voir Éric Toussaint, « [Étude] Questions/réponses sur la Chine comme puissance créancière de premier ordre », CADTM, 29 octobre 2024, https://www.cadtm.org/Etude-Questions-reponses-sur-la-Chine-comme-puissance-creanciere-de-premier. ↩
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Mujal-León, E. (Ed.). (2022). The USSR and Latin America: a developing relationship. Taylor & Francis. ↩
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Rousset, P. (2021, novembre). La Chine, nouvel impérialisme émergé. L’Anticapitaliste, (130). https://lanticapitaliste.org/actualite/international/la-chine-nouvel-imperialisme-emerge ↩
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Meister, L., Menkhoff, L., & Westen, A. (2023). Chinese loans to African countries differ from Western development loans. DIW Weekly Report, 13(26/27), 193-200. ↩
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Hameiri, S., & Jones, L. (2025). Explaining China’s approach to the global governance of sovereign debt distress: A state transformation analysis. Review of International Political Economy, 32(4), 945-969. ↩
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Bräutigam, D. A., & Huang, Y. (2023). Integrating China into multilateral debt relief: Progress and problems in the G20 DSSI (No. 09/2023). Briefing Paper. ↩
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Pénet, P. (2026). Le « piège de la dette » chinoise ? Menus de restructuration et dépendances financières au Sud. Critique internationale, 111(2), 123-148. ↩
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Thibault, H. (2026, 4 février). La crise immobilière en Chine ébranle la foi en l’avenir. Le Monde. https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/02/04/la-crise-immobiliere-en-chine-ebranle-la-foi-en-l-avenir_6665403_3234.html ↑ ↩
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Rappelons qu’il n’est nul besoin d’une agression militaire ou d’outils coercitifs pour qu’un pays exerce une domination impérialiste sur un autre, mais ces méthodes sont immanquablement mises en œuvre quand il s’agit de traiter les pays qui continuent à faire preuve d’insubordination après l’épuisement des moyens « pacifiques ». ↑ ↩
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Il est d’ailleurs ironique de constater que, étant antérieures à la République populaire, les revendications maritimes chinoises sont partagées par les autorités de Taiwan, sans que cela provoque la moindre émotion. ↑ ↩
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Vaulerin, A., & Defranoux, L. (2016, 12 juillet). Mer de Chine : Pékin a violé les droits souverains des Philippines. Libération. https://www.liberation.fr/planete/2016/07/12/mer-de-chine-pekin-a-viole-les-droits-souverains-des-philippines_1465682/ ↑ ↩
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Kuok, L. (2026, 29 juillet). Beijing’s next play for the South China Sea: How China is normalizing its control. Foreign Affairs. https://www.foreignaffairs.com/china/beijings-next-play-south-china-sea ↑ ↩
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Ortolland, D., Pirat, J. P., Auzende, J. M., & Lévy, J. P. (2010). Atlas géopolitique des espaces maritimes : frontières, énergie, transports, piraterie, pêche et environnement : première cartographie exhaustive du plateau continental. Éditions Technip. ↑ ↩
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Foster, J. B., & Clark, B. (2024). Imperialism in the Indo-Pacific—An introduction. Monthly Review, 76(3). https://doi.org/10.14452/mr-076-03-2024-07_1 ↑ ↩
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Stockholm International Peace Research Institute. (2026). Military spending as a share of GDP [Jeu de données]. Our World in Data. https://ourworldindata.org/grapher/military-spending-as-a-share-of-gdp-sipri ↑ ↩
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Une exception notable étant le Japon qui s’est engagé dans une politique de remilitarisation massive avec le soutien des États-Unis. ↑ ↩
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Elek, P. (2022, 26 mars). L’Ukraine prise au piège de l’impérialisme. Positions Revue. https://positions-revue.fr/lukraine-prise-au-piege-de-limperialisme/ ↑ ↩
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He, K. (2025). Rethinking East Asian peace: the perils of over-deterrence and minilateralism. Australian Journal of International Affairs, 79(2), 295-305. ↑ ↩
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Seah, S., Lin, J., & Martinus, M. (2022, 8 août). 55th ASEAN Foreign Ministers’ Meeting: Much ado about everything (or nothing)? Fulcrum. https://fulcrum.sg/55th-asean-foreign-ministers-meeting-much-ado-about-everything-or-nothing/ ↑ ↩
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Frontenaud, A. (2021, mai). Comparaisons internationales de dépenses de défense et parité de pouvoir d’achat défense (Ecodef, no 181). Observatoire économique de la défense, ministère des Armées. https://www.defense.gouv.fr/sites/default/files/ssm/Ecodef%20181.pdf ↑ ↩
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Pour une présentation plus approfondie de l’apport de la démarche dialectique à l’analyse des phénomènes sociaux, voir Chris, « Orthodoxie contre dogmatisme : Lukács contre le post-marxisme universitaire », Positions Revue, 1er mars 2025, https://positions-revue.fr/orthodoxie_contre_dogmatisme/. ↑ ↩
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Cette démarche renvoie à la phrase célèbre utilisée par Marx et Engels dans un passage de l’Idéologie allemande : « Le communisme n’est pour nous ni un état qui doit être créé, ni un idéal sur lequel la réalité devra se régler. Nous appelons communisme le mouvement réel qui abolit l’état actuel. Les conditions de ce mouvement résultent des prémisses actuellement existantes. » ↑ ↩