La question semble devoir se poser, même avec sérieux, tant nous assistons à la multiplication des législations hostiles aux personnes homosexuelles et transgenres à travers le monde, et tant certains, par un anti-impérialisme revendiqué, assument de les comprendre sinon de les défendre, à croire que les homosexuels dominent le monde. Depuis plusieurs années, la répression violente à l’égard des personnes homosexuelles gagne en puissance et en vigueur meurtrière dans certaines régions du Sud. En 2011, David Kato, un militant ougandais de la cause LGBT, est retrouvé assassiné après avoir été battu à mort chez lui. Quelques mois plus tôt, son nom et sa photo étaient publiés dans un journal, aux côtés d’autres personnes homosexuelles, avec pour simple légende « pendez-les ! ». En 2023, une nouvelle loi répressive est votée ; l’homosexualité y est explicitement qualifiée d’« instrument de l’impérialisme occidental »[1].
Aujourd’hui, derrière cet anti-impérialisme de façade, se regroupent de multiples courants soi-disant anti-impérialistes, décoloniaux ou communistes qui se refusent, ou rechignent, à adopter une ligne de discours et d’action offensive pour la cause de libération des minorités sexuelles. Nous pourrions en rire, nous pourrions nous en indigner, mais nous choisissons ici de prendre cette question au sérieux : Les LGBT sont-ils un produit de l’Occident ? Cette cause est-elle le fer de lance de l’impérialisme ? Les législations LGBTophobes sont-elles des outils légitimes de l’émancipation et de l’autodétermination des nations du Sud ?
Il n’y a ni présupposé, ni morale absolue, ni évidence lorsque l’on accepte avec rigueur de faire sienne la méthode matérialiste. Et, à l’instar du Groupe d’étude de Los Angeles (Los Angeles Research Group, le LARG), un collectif de communistes lesbiennes de Los Angeles qui appliquait déjà cette même méthode en 1975 face à des camarades qui voulaient les exclure du parti[2] : nous acceptons les questions, nous les traitons scientifiquement et nous prenons position ensuite.
Précisons d’emblée que ce texte n’a pas la prétention de l’exhaustivité, ni celle de clore un débat que d’autres, avec d’autres archives et d’autres terrains, devront continuer d’instruire. Nous voulons accomplir ici une seule chose : tenir la ligne selon laquelle toute question peut et doit être traitée avec la méthode scientifique. La tâche est ouverte.
1. Est-ce que l’homosexualité est un outil impérialiste ?
Il existe un phénomène bien réel que Jasbir Puar a documenté dès 2007, connu sous le nom d’« homonationalisme »[3]. C’est-à-dire la récupération de la tolérance envers les personnes LGBT par un État ou une nation pour se présenter comme civilisé et progressiste, et ainsi justifier une politique de domination (guerre, surveillance, discrimination) envers une population désignée comme arriérée ou dangereuse sur cette même question. Et il est vrai qu’il y a eu des guerres, comme celle en Afghanistan ou en Iran, vendues à coups de droits des femmes, ou de véritables situations coloniales, comme celle d’Israël en Palestine, légitimée sous le prétexte qu’Israël serait la « seule démocratie du Moyen-Orient » et qu’elle organise la « gay pride » à Tel Aviv. Mais ce phénomène, assez circonscrit à un moment historique particulier du centre impérialiste lui-même, et qui en vérité d’ailleurs concerne surtout le centre impérialiste lui-même, ne permet pas de saisir l’entièreté de la question gay prise au prisme de l’impérialisme.
Historiquement, les législations anti-gay qui aujourd’hui se renforcent dans les anciennes colonies se fondent sur des actes législatifs coloniaux tout aussi répressifs à l’égard des minorités sexuelles. Nombre d’entre elles se fondent sur l’article 377 du code pénal colonial en Inde, ensuite repris dans la plupart des codes coloniaux européens, qui criminalise l’homosexualité dans plus de trente anciennes colonies britanniques et inspire les lois homophobes actuelles. Il n’est pas le fruit de révolutionnaires anticoloniaux : c’est un article issu du monde colonial qui fut écrit à Londres et exporté avec le reste de l’artillerie administrative de l’Empire. C’est donc sur ce même type de législations que s’appuient encore les dirigeants de l’Ouganda, du Burkina Faso ou du Sénégal.[4]
Pendant longtemps l’hétéronormativité fut utilisée comme arme coloniale et impériale. Comme le démontre Peter Drucker dans Warped : Gay Normality and Queer Anti-Capitalism, à chaque âge du capitalisme s’est associé un régime de normativité sexuelle particulier[5].
L’âge colonial en l’occurrence a vu s’affirmer l’archétype de « l’inverti » et les législations hétéronormatives. C’était un outil concomitant à l’affirmation des États-nations capitalistes pour, en leur sein, assurer le travail gratuit de la reproduction, et au-delà exporter le contrôle des corps, l’abolition des structures communautaires établies, et la légitimation d’un ensemble institutionnel colonial, militaire et religieux.
Ce travail nécessaire à la reproduction des forces productives, précisément de la force de travail humaine, pouvait ainsi être gratuit, et pour le rester il devait rester domestique, assigné, naturalisé ; il fallait donc une norme de genre stricte, un couple stable et productif d’enfants, un foyer clos sur lui-même plutôt qu’une multiplicité de formes de vie communautaires ou de parenté choisie, potentiellement plus coûteuses à discipliner. L’inverti, ce n’est donc pas seulement une déviance qu’il fallait moraliser : c’est la figure qui échappe, ou menace d’échapper, à cette assignation à produire et reproduire gratuitement la main-d’œuvre de demain.
Prenons un exemple, à partir de 1926, l’Union Minière du Haut-Katanga abandonne le recrutement de travailleurs migrants célibataires et engage ce qu’elle nomme elle-même une politique de « stabilisation » : faire venir les épouses, bâtir des camps familiaux, financer des écoles. Le calcul est industriel avant d’être moral : recruter en permanence à des centaines de kilomètres coûte plus cher que de reproduire la main-d’œuvre sur place. La compagnie s’associe la même année aux Bénédictines pour scolariser les enfants de ses ouvriers, avec un objectif assumé : en faire les travailleurs de demain. Les garçons apprennent un métier, les filles apprennent à tenir un foyer dans des écoles ménagères financées par l’entreprise. Le salaire monétaire versé aux ouvriers africains représentera durablement moins de la moitié du coût total du travail : le reste, ce sont le logement, l’école, les soins, le rapatriement, c’est-à-dire la reproduction, internalisée par le capital et déléguée aux femmes. Le foyer conjugal hétérosexuel n’est pas ici une survivance importée par les missionnaires ; c’est un équipement productif, installé par une direction d’entreprise au même titre qu’un four à cuivre.[6]
L’hétéronormativité coloniale, en ce sens, n’était donc pas un supplément d’âme civilisationnel greffé sur l’extraction des richesses : elle en était une des conditions de possibilité, au même titre que l’expropriation des terres communes ou l’imposition du salariat.
Et cette réalité historique nous amène aussi à minorer le phénomène de l’homonationalisme contemporain. Il est surtout un discours occidental « LGBT-friendly » à destination des Occidentaux eux-mêmes alors que dans le même temps les mêmes gouvernements ont sans discontinuer soutenu des régimes répressifs dès que leurs intérêts l’exigeaient. La tolérance affichée s’arrête pile là où commencent les contrats miniers ou pétroliers.
Le discours homonationaliste d’ailleurs ne résiste pas à l’épreuve des faits puisque les droits LGBT en Occident ne sont pas une exception civilisationnelle : ce sont des décennies de luttes contre l’État, la police, l’Église et ils restent inachevés jusque dans les pays présentés comme modèles, Israël en tête, où le pinkwashing officiel fait bon ménage avec l’absence de mariage civil pour les couples de même sexe.
Reste la nouveauté de la période : le progressisme n’est même plus un argument de l’impérialisme. Le 20 janvier 2025, un décret de l’administration Trump proclame que les États-Unis ne reconnaîtront « désormais que deux sexes, masculin et féminin ». Un an plus tard, le 22 janvier 2026, la même administration étend la « politique de Mexico » : plus de 30 milliards de dollars d’aide extérieure américaine seront désormais conditionnés à l’interdiction, pour les ONG bénéficiaires dans le monde entier, de « promouvoir l’idéologie de genre ». Un impérialisme transphobe qui ne sert que de bélier aux politiques suprémacistes hétéronormatives plus globales. L’impérialisme a pris un tournant réactionnaire. Si l’on cherche aujourd’hui le bras armé impérialiste sur cette question précise, il ne défile pas en marge des Pride. Il conditionne l’aide au développement à des politiques de persécution des LGBT.[7]
Ce qu’il faut bien retenir : l’hétéronormativité a été une arme concrète de l’impérialisme. Elle l’est encore. L’homosexualité ne l’a jamais été au-delà des discours.
2. Est-ce que l’homophobie sert la libération nationale ?
L’impérialisme, au sens où le mouvement communiste l’a théorisé depuis Lénine, est un stade du capitalisme : fusion du capital bancaire et industriel, exportation de capitaux et projection du marché, par la force militaire s’il le faut, aujourd’hui organisé par des institutions bien concrètes : FMI, Banque mondiale, dette souveraine, bases militaires.
Comme nous l’avons noté, les États du centre impérialiste peuvent enrober leurs politiques d’interventions impérialistes (opérations militaires, fonds de développement…) d’un discours pro ou anti-LGBT, comme si les mœurs et un quelconque enjeu civilisationnel étaient au cœur de leurs actions. Les artifices discursifs instables des dirigeants occidentaux en disent en vérité bien plus sur la situation politique du centre impérialiste que sur les véritables ressorts de la domination impérialiste.
Ce que les discours homonationalistes ont vraiment fait en leur temps c’est fournir un argument de vente à la propagande impérialiste. La cible n’est pas réellement les pays exploités : il s’agit de convaincre le prolétariat occidental lui-même d’accepter d’envoyer ses enfants se battre au nom de valeurs qu’on venait de lui vendre comme les siennes. C’est un usage idéologique interne à la métropole. Le rejet des droits LGBT joue exactement le même rôle de l’autre côté du miroir, entre les mains, cette fois, de bourgeoisies nationales complices.
Matériellement, nous l’avons dit, l’hétéronormativité sert beaucoup plus la reproduction du capitalisme que sa contestation. Les lois homophobes et les discours que l’on pourrait qualifier d’hétérosouverainistes ne permettent en rien la libération nationale, et, au contraire, en sclérosant des structures inhérentes au capitalisme et à la période coloniale, en retardent la possibilité. Les lois homophobes, lorsqu’elles s’opposent à certains discours occidentaux, n’entretiennent qu’un discours d’illusions souverainistes pour détourner une colère populaire dont les bourgeoisies nationales sont elles-mêmes en partie responsables.
Discours homonationalistes ou discours hétérosouverainistes sont symétriques, et tout aussi étrangers à une analyse de classe : l’un instrumentalise la tolérance pour faire la guerre, l’autre instrumentalise le rejet pour éviter sa propre remise en question ou cacher son impuissance.
Notons que l’homophobie se construit aussi par des liens concrets avec le centre impérialiste. En mars 2009, trois évangélistes américains, Scott Lively, Don Schmierer, Caleb Lee Brundidge, se rendent à Kampala, en Ouganda, pour un séminaire intitulé sobrement « Dévoiler le programme homosexuel ». Un mois plus tard, le député ougandais David Bahati, jusque-là inconnu, dépose le projet de loi prévoyant la peine de mort pour « homosexualité aggravée ». Lively lui-même s’en félicitera publiquement, parlant d’une « bombe nucléaire » lâchée sur la stratégie gay en Ouganda. Il n’est pas un franc-tireur isolé : il agit main dans la main avec Family Watch International, une organisation religieuse états-unienne présidée par Sharon Slater, qui réunissait encore en mars 2023 des parlementaires de tout le continent à Entebbe, sous la bannière rassurante des « valeurs familiales et de la souveraineté ». Pro ou anti, le centre impérialiste sait agir sur les deux tableaux pour étendre son emprise sur le Sud.[8]
L’analyse nous poussera donc à conclure sur cette question que certes les personnes LGBT brillent sous le feu des projecteurs de la propagande de part et d’autre, mais que l’agitation de paillettes ne sert que ceux qui ne veulent pas que l’on mette les mains dans les rouages bien tangibles et matériels du capitalisme impérialiste.
3. À qui profite la marginalisation ?
C’est très exactement la question que posait déjà le LARG en 1975 face au Revolutionary Union : à qui profite, matériellement, l’exclusion ?
Une population désignée comme ennemie intérieure est une population qu’on empêche de participer pleinement à l’organisation collective, au travail politique, à la construction d’un rapport de force. Ce n’est pas un détail périphérique à la lutte des classes mais c’est un sabotage direct de cette lutte.
Alors il faut poser la question que les partisans du silence refusent de poser : qui a vraiment intérêt à cette division ? Pas les masses populaires, qui n’ont rien à gagner à voir une partie d’elles-mêmes traitée en suspecte. Les bourgeoisies nationales, elles, y trouvent un exutoire bon marché, au moment précis où elles en ont le plus besoin. Le ministre burkinabè de la Justice l’a dit lui-même sans ironie, en présentant en septembre 2025 la nouvelle criminalisation comme une « innovation » de son Code des personnes et de la famille : deux à cinq ans de prison pour « tous les comportements bizarres ». Le président ougandais Museveni, lui, qualifie l’homosexualité d’« instrument de l’impérialisme occidental » et prévient que « les étrangers ne peuvent pas nous donner des ordres ». Poutine, en 2021, espérait que les Russes auraient « suffisamment d’anticorps » contre cet « obscurantisme » ; deux ans plus tard, sa Cour suprême invente purement et simplement un « mouvement LGBT international » pour le déclarer organisation extrémiste. Le tout rejoint, comme nous le disions, par l’administration Trump en 2025.
Car l’effet concret de l’exclusion est une classe prolétarienne amputée de millions de ses membres, alors contraints de lutter ne serait-ce que pour leur propre droit à l’existence. À l’instar des divisions raciales ou genrées, analysons d’abord à qui profite le crime.
4. Quelle identité protège ?
Face au capitalisme, et pendant direct de cette exclusion, les refuges réactionnaires se développent et se durcissent. Mais ils sont un piège.
Et il faut avoir l’honnêteté de le dire dans les deux sens, bien que cette position prête le flanc aux attaques des deux côtés, mais tenons-la : la « tradition » brandie par les régimes répressifs et l’identité vendue comme mode de vie, comme marché, comme ligne de produits siglée pendant un mois par an, sont le même genre de leurre avec un packaging différent. Aucune des deux ne touche à un seul rapport de production.
Nous allons nous permettre de mettre en parallèle deux dominations, corollaires au développement du capitalisme. Celle du patriarcat et de l’hétéronormativité sur les minorités de genre et les minorités sexuelles. Celle de l’impérialisme et du colonialisme sur les nations du Sud global.
Dans un cas, les luttes LGBT identitaires, décorrélées de la condition de classe et de l’anti-impérialisme, ne mènent qu’à des revendications fracturantes, à la multiplication des affirmations identitaires qui ne trouvent pour unique débouché que l’exigence de représentation, pendant que de jeunes trans continuent de se retrouver à la rue, que les travailleuses du sexe restent hors du champ de toute solidarité, que les demandeurs d’asile LGBT croupissent en rétention. Le capital ne recule pas devant l’homosexualité, il l’absorbe, il la segmente en part de marché, il la vide de tout ce qui, en elle, pouvait ressembler à une critique de la famille bourgeoise, de la propriété, du travail.
Dans l’autre cas, celui de l’émancipation des nations du Sud, des libérations nationales défaites de toute préoccupation internationaliste se transforment en illusions souverainistes impuissantes. Derrière cette indépendance faible, le FMI et la Banque mondiale n’ont, de leur côté, jamais eu besoin de se soucier des mœurs d’un pays : il leur suffit d’un plan d’ajustement structurel, d’une dette rééchelonnée sous condition de privatiser l’eau ou l’électricité, pour obtenir ce qu’une armée coloniale mettait des décennies à imposer par la force. Et c’est précisément dans cet écart entre la souveraineté proclamée et la dépendance réelle que prospère l’homophobie d’État dont nous parlions plus haut : elle est le supplément d’âme nationaliste, la fierté qu’on peut encore s’offrir quand la politique monétaire, elle, est inaccessible.
Dans ces deux écueils, la réponse matérielle se trouve dans la capacité à l’édification du genre humain. La conscience de classe, la conscience d’une condition humaine partagée et la volonté de l’organiser concrètement sont la réponse matérielle la plus crédible et nécessaire qui puisse être. Ne laissons pas notre classe être amputée de la moindre de ses parties.
5. Pour un homo-anti-impérialisme
Cette réponse matérielle à l’exploitation impérialiste qui ballotte en ses rouages les personnes LGBT est univoque : il faut inventer un homo-anti-impérialisme. En vérité, il a déjà une histoire, et c’est précisément ce que l’anti-impérialisme de comptoir préfère ignorer parce que celle-ci n’a jamais eu besoin d’être importée depuis l’extérieur du camp anti-impérialiste. Elle s’est construite depuis l’intérieur.
En Afrique du Sud, Simon Nkoli fait son coming-out en prison en 1984, devant ses codétenus de l’ANC jugés pour trahison aux côtés des Delmas 22. Son courage force l’organisation à trancher : en 1987, Thabo Mbeki annonce que l’ANC protégera les droits des gays dans l’Afrique du Sud libérée. En 1996, la nouvelle Constitution devient la première au monde à interdire explicitement la discrimination fondée sur l’orientation sexuelle. Ce n’est pas une ONG occidentale qui a imposé cette clause de l’extérieur, c’est un militant noir emprisonné pour lutte anti-apartheid qui l’a arrachée depuis l’intérieur du mouvement.[9]
À New York, en 1970, une scission du Gay Liberation Front : le Third World Gay Revolution, formé de gays et lesbiennes noir·es et latino·a·s, publie une plateforme en seize points calquée sur le programme en dix points des Black Panthers, réclamant l’autodétermination des peuples du tiers-monde et l’abolition de la famille nucléaire bourgeoise. Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson, avec leur organisation STAR, marchent aux côtés des Young Lords portoricains et rencontrent Huey Newton au Revolutionary Peoples’ Constitutional Convention de 1971 où les Black Panthers reconnaissent officiellement la libération gay comme partie intégrante du mouvement révolutionnaire.[10],[11]
En Palestine, depuis 2001, l’organisation alQaws refuse de traiter la sexualité comme un lieu d’oppression séparé du colonialisme de peuplement : elle définit sa propre libération sexuelle comme indissociable de la lutte anticoloniale, et retourne le pinkwashing israélien contre lui-même sous le nom de pinkwatching. Ce ne sont pas des ONG occidentales qui documentent la propagande, ce sont des queers palestiniens eux-mêmes.[12]
Et enfin, depuis des décennies, les organisations communistes révolutionnaires des Philippines n’écartent en rien la lutte contre l’hétéronormativité de la lutte contre l’impérialisme. Ainsi, les mariages gays sont célébrés au milieu de la jungle au sein même des groupes armés menant une guerre populaire prolongée.
Trois continents, aucune coordination entre eux et pourtant le même geste : la lutte gay ne s’est jamais construite en dehors du mouvement anti-impérialiste, ni à sa demande. Elle s’y est imposée, souvent contre les réticences initiales de certaines organisations elles-mêmes, pour en devenir au final une composante essentielle. C’est ce précédent, pas une hypothèse théorique, que l’anti-impérialisme de comptoir devrait regarder en face avant de décider, une fois de plus, que ce n’est pas son combat.
Le capitalisme a su reprendre et configurer des structures ancestrales telles que la famille, le pays, les traditions pour les agencer selon ce qui sera propice au développement des forces productives et du profit. Si bien que rien de ces structures préexistantes ne persiste en des formes non-capitalistes. Le croire serait une erreur. La famille, le couple, le foyer ont été hétéronormés et cela au profit du capital.
Alors tirons-en quelques principes pratiques pour donner vie à cet homo-anti-impérialisme :
Affirmons que la famille hétéronormée ne sera pas le refuge ou le bastion de résistance au capitalisme ou à l’impérialisme. Elle en est l’enclave.
Affirmons qu’aucun État impérialiste, aussi gay-friendly soit-il, ne sera jamais le porte-étendard de la libération des peuples.
Affirmons la nécessité de construire l’unité internationale du prolétariat au-delà de toutes les structures qui le divisent.
Cela signifie enfin, et peut-être surtout : désarmer l’argument qui sert de joint entre les deux bouts de la chaîne : celui qui consiste à faire du corps homosexuel un butin de guerre culturelle, à droite comme dans une partie de la gauche, plutôt qu’un camarade de classe parmi d’autres. Car le seul internationalisme qui vaille est celui qui refuse de sacrifier une fraction du prolétariat au nom de l’unité nationale contre l’impérialisme, ou une fraction du Sud au nom de l’unité progressiste contre la réaction.
« Assassinat du militant de la cause homosexuelle David Kato », france24.com, 27 janvier 2011. https://www.france24.com/fr/20110127-assassinat-un-militant-homosexuel-denonce-presse-ouganda-rolling-stone-homophobie-kampala-david-kato ↑
Los Angeles Research Group, Toward a Scientific Analysis of the Gay Question, 1975, republié dans The Guardian, 3 septembre 1975 ; texte intégral via Encyclopedia of Anti-Revisionism On-Line. https://www.marxists.org/history/erol/ncm-3/gay-question/index.htm ↑
Puar, Jasbir K., Terrorist Assemblages: Homonationalism in Queer Times, Durham (NC), Duke University Press, 2007. ↑
« L’héritage colonial des phobies LGBTQ+ », fidh.org. https://www.fidh.org/fr/themes/Droits-des-LGBTQIA/l-heritage-colonial-des-phobies-lgbt ↑
Drucker, Peter, Warped: Gay Normality and Queer Anti-Capitalism, coll. Historical Materialism Book Series n° 92, Leiden, Brill / Chicago, Haymarket Books, 2015. https://www.historicalmaterialism.org/book-series/warped-gay-normality-and-queer-anti-capitalism/ ↑
Dibwe dia Mwembu, Donatien, « Wages, race and paternalism at the Union Minière du Haut-Katanga (1910-1960) », University of Oxford, 2018 (texte disponible en français et en anglais sur la même page). https://copperbelt.history.ox.ac.uk/2018/01/11/wages-race-and-paternalism-at-the-union-miniere-du-haut-katanga-1910-1960-donatien-dibwe-dia-wembu/
African Economic History Network, « Mining, Paternalism and the Spread of Education in the Congo since 1920 », AEHN Working Paper n° 46, 2019. https://www.aehnetwork.org/wp-content/uploads/2019/05/AEHN-WP-46.pdf ↑
« Idéologie du genre », notice du Vocabulaire de l’extrême droite, 20 août 2026. https://legrandcontinent.eu/fr/2026/08/20/ideologie-du-genre/ ↑
« Une loi anti-homosexualité “inspirée par des pasteurs américains” », observers.france24.com, décembre 2009 (contient l’enregistrement du séminaire de Kampala). https://observers.france24.com/fr/20091214-une-loi-anti-homosexualite-inspiree-pasteurs-americains-ouganda-religion ↑
Wikipédia, « Simon Nkoli ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Nkoli ↑
Wikipédia, « Street Transvestite Action Revolutionaries ». https://fr.wikipedia.org/wiki/Street_Transvestite_Action_Revolutionaries ↑
OutHistory, « Gay Liberation in New York City, 1969-1973 ». https://outhistory.org/exhibits/show/gay-liberation-in-new-york-cit/3rd-world/pg-1 ↑
Agence Media Palestine, « L’Eurovision comme occasion de pinkwashing pour Israël – la communauté LGBT+ devrait le boycotter », agencemediapalestine.fr, 4 mars 2019. https://agencemediapalestine.fr/blog/2019/03/04/15797/ ↑